Vendredi ou l’ennui du dimanche

 

Mes premiers dimanches en France étaient dépeuplés ; les parents au travail, les frères déjà ailleurs ; je demeurais, entre les murs du salon, qui perdait par là même tout son sens de pièce à vivre. J’ai des difficultés à parler de ceci quand je sais combien ma mère a souffert de me laisser seule, tant et si bien qu’elle a fini par démissionner, elle, ma plus belle Nuit, elle, qui ne renonçait pourtant jamais. Il faut pourtant bien que j’en parle : ces jours de solitude ont construit mes dysfonctionnements les plus beaux. Mes dimanches étaient pleins d’un ennui qui désespérait, et viscéralement. Assise sur une chaise, que je plaçais tout contre la porte d’entrée, à l’affût du moindre bruit, je me tenais  comme du bois, les yeux baissés vers l’écran de télévision. J’ai alors été saisie par mes tout premiers spasmes musculaires, tensions des tissus, crispations des nerfs, de jolis mouvements du corps en soi. De la sorte j’ai payé mon invasion. Le nouveau lieu et moi étions quittes. Il m’avait habitée.

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