Forêt

Le milieu végétal, les paysages peuplés de feuilles, je les ai toujours associés à la France. L’humidité verte, les feuilles sèches qui craquent, des insectes inconnus, des végétaux et autres pousses dont personne ne m’a jamais appris les noms. Et surtout les odeurs. Quelque chose de très ancien, d’enraciné depuis longtemps. D’affirmé. Je crois que j’ai toujours envié cela, cette paix qu’offrent les bois et les forêts, les parcs et les squares gorgés d’arbres. Leurs feuilles et leur pénombre au silence ouaté qu’ils offrent aux autres, je les oppose aux étendues arides, couleur sable, et à la lumière crue, cruellement assourdissante que j’ai quittés.

Les forêts, c’est le repos des vivants quand la mer et les sables sont un défi de mort.

Ici, on a le droit d’oublier ses morts, d’oublier que l’on va mourir. On s’enfonce dans une forêt et elle nous protège, elle nous embrasse, nous encercle. On a le droit de souffler sous des branches assez larges pour nous protéger des rayons, assez hautes pour distraire nos yeux de la crudité du ciel.

Là-bas, la mer s’étend comme pour se moquer de nous, elle montre l’étendue des possibles alors qu’on est condamné sous un soleil de plomb, les pieds enflammés par ses grains brûlants et sans nombre.

Les forêts, c’est le repos des vivants.

Même loin, toi, tu cherches toujours ce soleil, derrière les feuilles, au-delà des racines, au creux de tes yeux. Tu veux le voir à nouveau, que ça te brûle encore.

Les forêts, c’est le repos des vivants, mais toi tu es presque mort.

Toi, tu es obsédé par les murs des cimetières et sur la pointe des pieds, tu scrutes la crête des tombes et tombeaux, dont on veut t’épargner la vue, et ton cœur se serre. Tu n’appartiens pas à ici, tu n’es pas d’ici, tu n’as pas le droit d’oublier.

La forêt, c’est le repos des vivants.

Mais toi tu es presque mort et c’est ton soleil qui te l’a dit, en ravivant tes sens, en te rappelant cette seule vérité ; tu es presque mort.

La forêt, c’est le luxe des vivants et tu te l’interdis. Et absurdement, et doucement, la vie pour toi est devenue comme ce geste des visiteurs du dimanche ou du vendredi, des visiteurs de cimetières, ce geste d’arroser les tombes des déjà-morts.

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