carrelage #2

Il brûle dehors, quand la treizième heure revient, c’est toujours la même heure qui revient. Les bouches sont encore lourdes de saveurs, les corps sont alourdis par les nourritures, il est l’heure de la sieste. La pénombre occupe l’espace. L’appartement est traversé en son milieu, colonne vertébrale, par un couloir carrelé, une longue ligne droite qui dessert plusieurs pièces, le mur est blanc, plâtre froid. Photographie. Ma grand-mère allongée en travers, tête contre plinthe. Une tangente. Ses formes, son corps, des montagnes, des collines, du relief sur mon sol. Elle rit, doucement. Séisme. Et puis, cette autre femme, assise dos au mur, un genou relevé, un pic. La cuisse est nue. L’autre jambe détendue, sa robe relevée, coincée sous l’élastique d’un sous-vêtement, que l’on devine, affront ultime. Sa blancheur, un spectacle spectral, de cette peau interdite au soleil du dehors. Interdite aux regards. La lumière me hante. Elle, son visage qui se fend en deux, se fend en deux à rebours de toutes les souffrances, comme un cri de survie, un cri criblant mon oreille et mon cœur.

 

 

 

 

 

 

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