Carrelage #5 Tentative de Casbah

Mon père a grandi dans ces maisons qui ont un cœur carré. Les pièces, les escaliers, les étages se déroulent autour d’une cour mosaïque, une course vertigineuse de galeries autour de ce centre de marbre, tous les appartements circulant autour d’elle, une fontaine en son centre, l’œil du cyclone. Tout se lavait en famille, entre voisins. L’intimité était de marbre, froide et dure. Le toit : des carreaux de verre qui laissaient passer la lumière. Les rayons et les cris des mères s’entrechoquaient d’un étage à l’autre, vibrant sur les mosaïques et la faïence.  La cour, le patio, ce pacte entre l’intérieur et l’extérieur, architecture méditerranéenne, une mer de losanges entre des rives. Elle offrait de l’ombre, de l’air et du repos. C’est ce que mon père me décrit. Des ogives et des courbes, des arcs et des creux. Des meurtrissures, des meurtrières, pouvoir tout voir, laisser circuler les yeux, nier les secrets et les individualités.

Je n’ai visité ces cours qu’une fois abandonnées, effritées et seules. Le silence y résonne serein. Je tombe nez-à-nez avec une passante, une habitante de ces lieux qui semblent pourtant inhabités, une résistante. Elle s’arrête, me regarde, ses yeux, les miens, « tu es la fille Ygarmaten ? Je reconnaîtrais vos yeux entre mille. », passé et présent s’entrecroisent, autour d’un œil, une pupille encerclée, orbite de la mémoire, circulation des souvenirs.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s